Ce que Raymond Aron pensait du libéralisme économique de Friedrich Von Hayek

Raymond Aron était un sociologue, un philosophe et un homme qui s’est engagé très tôt dans la Résistance en rejoignant De Gaulle à Londres. Ayant été témoin de la montée du fascisme en Allemagne et en France, il a passé sa vie à critiquer les idéaux totalitaires qui pouvaient nuire aux sociétés libertés, comme l’idéal d’une société marxiste. Mais tout en étant un critique lucide de Marx et en se définissant comme libéral sur le plan politique, Raymond Aron était un farouche critique du libéralisme sur le plan économique. Raymond Aron était en particulier opposé à l’idéologie ordolibérale de Friedrich Von Hayek décrite dans son livre « La Route de la Servitude » (1944) qui est un livre incontournable pour les néo-libéraux. Pour mémoire, Hayek était le mentor de Milton Friedman et de Margaret Thatcher, mais il était également consulté par le comité de rédaction du Traité de Rome instituant la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1957.

Dans les cours qu’il donnait à l’ENA en 1952 et publiés en 1997 en Livre de poche, Raymond Aron expliquait déjà que le libéralisme économique portait les germes d’une société totalitaire qui ne pouvait s’imposer aux peuples que de manière non démocratique :

« La compétition pour l’exercice du pouvoir, c’est-à-dire la démocratie politique, paraît, à la longue, incompatible avec le libéralisme économique. La plus grande erreur des libéraux, me semble-t-il, est d’avoir cru que le libéralisme politique et le libéralisme économique allaient de pair. Je pense que le libéralisme politique, si on définit ainsi le système électoral, parlementaire, de compétition pour l’exercice du pouvoir, conduit de manière presque fatale à un système d’économie partiellement dirigée et partiellement socialiste. Personnellement, je crois que si l’on voulait, à l’époque moderne, avoir un système économique libéral tel que le souhaitent M. von Hayek ou M. Jacques Rueff, il faudrait la dictature politique. »

Raymond Aron, Introduction à la philosophie politique, Paris, Le livre de poche, p. 127