La méfiance du parlementarisme par les Pères fondateurs de l’Europe

On parle souvent de « déficit démocratique » et de « défiance » des citoyens à l’égard de l’Union européenne. Mais cette défiance de l’Union européenne à l’égard des citoyens se vérifie dès ses origines, en particulier sur la grande méfiance des Pères fondateurs de l’Union européenne à l’égard des Parlements nationaux chargés de représenter les peuples… en particulier l’Assemblée nationale française !

Jusqu’en 1979, les membres du Parlement européen étaient désignés par les parlementaires nationaux. Ils n’étaient donc pas élus au suffrage universel direct car les rédacteurs du Traité de Rome (Walter Hallstein, Jean Monnet, Robert Schuman, Paul-Henri Spaak… qui sont dans l’ensemble d’anciens nazis, collabos du régime de Vichy et des agents de la CIA) se sont toujours méfiés du système parlementaire, et ce d’autant plus qu’aux élections législatives de 1946, les français ont élu 182 députés communistes à l’Assemblée nationale, soit un quart des députés de la chambre.

Quand on voit la couleur dominante de l’Assemblée nationale après les élections législatives de 1946, on « comprend » mieux pourquoi les Pères Fondateurs de l’Union européenne voulaient contourner les Parlements nationaux

Or, dans le contexte de la Guerre Froide, les pères fondateurs de l’Europe voulaient créer une organisation supranationale européenne acquise à l’OTAN et s’opposerait tant à l’URSS qu’aux idées socialistes et communistes.

C’est dans ce contexte de méfiance à l’égard des parlements nationaux que les traités de Rome de 1957 constituant la Communauté Economique Européenne (aussi appelé le « TCE ») et la communauté européenne de l’énergie atomique (aussi appelé « Euratom ») ne parlaient pas de « Parlement européen ». Plus ils contournaient les parlementaires nationaux -et donc les peuples- mieux c’était, surtout le peuple français (!). Ainsi, le texte officiel du TCE parle d’une « Assemblée » composée de « délégués » nationaux non-élus (articles 137 et 138 du TCE), mais pas d’un « Parlement » composé de « députés ». Cette Assemblée ne pouvait tenir qu’une seule session par an, le troisième mardi d’octobre (article 139 du TCE).

Ce sont les délégués et les politiciens qui ont autoproclamés par abus de langage cette Assemblée comme un « Parlement européen », comme le montre par exemple cet entretien vidéo INA d’Alain Poher du 9 juin 1969, où Alain Poher, président de la République par interim, disait (extrait de la vidéo, voir à partir de 17:45) :

 

« Ayant été Président du Parlement Européen pendant trois ans, je sais très bien que le MANSHOLT ne verra pas le jour […] »

Puis les médias, comme le montre cet article du journal Le Monde du 13 mars 1969 (sic !) : « M. Mario Scelba a été élu président du Parlement européen (resic !)« .

Confusion volontaire ou pas, on voudrait tromper l’opinion publique qu’on ne s’y prendrait pas mieux. En tout cas, la confusion fait de facto ancrer dans les cerveaux qu’il s’agit d’un « Parlement européen », contrairement à ce que disait le droit.

A partir de là, la confusion est née dans les esprits, puis l’oubli. Et ceux qui, comme moi, sont nés bien après ces événements et ne les ont pas vécus ont été biberonnés à un faux récit de la construction européenne.

En politique comme en histoire, les confusions et les oublis ne sont pas innocents.

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