Deux ans après les attentats du 13 novembre 2015, se taire est impossible

Vendredi 13 novembre 2015, c’était il y a deux ans. La douleur est toujours vive. Je repense encore souvent à cette alerte-info que j’ai reçue sur mon téléphone portable ce vendredi soir là : « fusillade au Bataclan ». J’avais immédiatement allumé la télévision et on voyait en direct Paris en pleine effusion de sang. Le Bataclan était plein de jeunes amateurs de rocks et métaleux venus assister à un concert des Eagles Of Death Metal. Puis la barre d’information de BFM-TV faisait tourner en boucle cette comptabilité macabre qui allait en montant au fur et à mesure des nouvelles informations : « au moins 50 morts dans le Bataclan », « au moins 60 morts au Bataclan », « au moins 80 morts au Bataclan »… les chiffres du massacre n’arrêtaient pas de grimper. Jusqu’où ? Il y avait aussi des gens que je connaissais indirectement. Pour la première fois de ma vie, j’ai senti que j’ai frôlé un attentat. Mais un attentat, on y est ou on n’y est pas. Et quoi que j’ai pu ressentir, cela n’a rien d’égal au chagrin qu’ont ressenti ceux qui ont perdu quelqu’un ce soir-là.

Les djihadistes n’ont pas frappé par hasard. Plein de jeunes et moins jeunes étaient dans les restaurants et terrasses de cafés. Un match de football France-Allemagne se jouait au Stade de France à Saint-Denis. Le scénario des djihadistes était simple : faire pire que Charlie Hebdo et Hyper Casher, c’est-à-dire faucher le plus de vies possibles, punir, châtier, indistinctement. S’ils avaient pu faire de Paris tout entier un cimetière, ils l’auraient fait. Leur cible, c’était la vie.

Pourtant, le 7 janvier 2015, la même année, à Charlie Hebdo, des journalistes, des employés de la rédaction et des flics ont été tués parce qu’ils avaient caricaturé le prophète Mohammed. Le lendemain, c’était Clarissa Jean-Philippe, une policière stagiaire sans arme qui était tuée d’une balle dans le dos, parce qu’elle était flic et à côté d’une école juive. Le surlendemain, le vendredi 9 janvier, c’était une épicerie cashère où quatre hommes ont été tués parce qu’ils étaient juifs.

Cela aurait dû être un avertissement suffisant pour les autorités que d’autres massacres allaient se produire. Mais rien n’a été fait malgré les « Je suis Charlie ». Et le vendredi 13 novembre 2015, ces fous d’Allah ont frappé de nouveau. Ces gens qui sont morts ce jour-là n’étaient ni journalistes, ni juifs, ni flics. Ils n’avaient pas publié de caricature du prophète. Ils étaient contre toute haine. Leur seul tort, c’était d’être de se divertir dans Paris un vendredi soir dans des bars, dans une salle de concert, voire d’être tout simplement dans la rue. Cette salle, j’aimais y aller et j’aime toujours y aller. C’était et c’est toujours une de mes salles de concerts préférées. Très bonne disposition, très bonne sonorisation, très bonne ambiance et très bonne programmation, en particulier dans la musique Métal. J’avais réservé un billet pour aller à un concert des Deftones le dimanche 15 novembre 2015. Ceux qui étaient ce soir-là au Bataclan, c’était le même genre de public que je croise en concert. C’était pour moi un déchirement de voir les photos des visages des victimes, les posts de mes contacts sur Facebook qui demandaient des nouvelles sur leurs proches. Paix à leur âme. Courage et solidarité avec ceux qui ont perdu un proche ce soir-là.

Depuis des années, on assiste à une montée des paroles haineuses sur Internet et aussi dans les manifestations. Il suffisait de voir ceux qui hurlaient « Mort aux Juifs » dans les manifestations pro-palestiniennes au début des années 2000, c’était déjà un signal d’alarme éloquent. Il fallait aussi se rappeler toutes ces tombes profanées, juives et chrétiennes. Tous ces appels sur les réseaux sociaux, tous ces signes de croix gammées et saluts nazis aussi qu’on faisait dans les manifestations pro-palestiniennes durant l’été 2014 et qui ont été couvertes par les associations de gauche et d’extrême-gauche qui défilaient avec elles. Les meurtres de Ilan Halimi et les attentats de Mohammed Merah aussi étaient des avertissements. Mais les gouvernants n’ont rien fait et n’ont rien voulu voir.

Personnellement, en tant que juifs et français, je savais qu’une chose comme ça se produirait. Chez les juifs, il faut dire qu’on a une mémoire collective vieille de plus de 4000 ans. L’histoire, ça vous donne une certaine conscience morale confrontée à la pratique. Et 4000 ans d’histoire, croyez-moi que cela donne un sacré recul en termes de conscience historique sur les conséquences autodestructrices dans l’histoire des Nations qui basculent dans ce nihilisme suicidaire qu’est la haine des Juifs. C’est d’ailleurs pareil pour tous les types de racisme. Je pourrais vous en parler un rayon dessus. Dans les conversations familiales et amicales, on en parlait depuis des années du poison pour la France qu’est la montée de l’antisémitisme. Donc oui, c’était prévisible : mêmes causes, donc mêmes effets. L’actualité a une nouvelle fois démontré combien la haine des Juifs conduit irrémédiablement et fatalement à une haine de soi et donc au suicide d’une Nation.

Seuls les inconscients ne veulent rien voir. Mais après ce XXème siècle, siècle le plus meurtrier de l’histoire humaine, on n’a plus d’excuse valable. La barbarie est toujours dans le fond la même. Quand on se plonge dans l’histoire, on se rend vite compte que les barbares d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux d’hier, l’islamo-nazisme et la couverture que lui assurent les « républicains » et l’extrême-gauche n’ont rien de nouveau. Bien au contraire, l’histoire se répète. Les fachos dans l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale n’ont pas tous été blancs, européens ou de confession chrétienne ! On refait une drôle de guerre, malgré tous ces morts. On réplique à des terroristes par des ours en peluches et des bougies, comme si cela éloignerait le risque d’attentats. Ce sont nos nouveaux grigris et fétiches modernes à qui on attribue le pouvoir d’éloignement du mauvais sort. Foutaises ! Oui il faut se recueillir, allumer des bougies et continuer d’aller à des matchs, à des concerts, à des bars, à faire de la musique, que les filles puissent sortir seules dans la rue, etc. Mais ce n’est pas ça qui va nous protéger des autres attentats. Par-dessus tout, il faut d’abord une prise de conscience collective pour analyser sans concession ni peur le mal qui nous frappe et le combattre, sans attendre que la solution nous tombe du ciel par les gouvernants-complices. On a oublié la leçon de Martin Niemöller (1892-1984), pasteur protestant allemand arrêté en 1937 qui dénonçait la lâcheté des intellectuels de son pays face à la montée du nazisme :

Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit car je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit car je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit car je n’étais pas syndicaliste.
Et quand ils sont venus me chercher, il n’existait plus personne qui aurait voulu ou pu protester…

Cette stratégie des fascistes reprise par les djihadistes est pourtant bête et vieille comme le monde : diviser pour mieux régner. Mais nous avons été plus bêtes qu’eux et sans mémoire. Cela nous a coûté le mitraillage de plusieurs innocents. Aujourd’hui comme hier, les collabos sont toujours plus nombreux que les vrais résistants qui prennent des risques. Sauf que maintenant, on ne combat plus en faisant sauter des ponts, des camions ou des casernes. On doit combattre en prenant une plume, un crayon, un clavier, en faisant une guerre contre le mal et la banalisation du mal. Car cela a continué : attentats de Barcelone, Londres, Bruxelles, New-York, etc. Sans compter aussi des crimes de « plus basse ampleur » (sic !) comme l’assassinat du père Jacques Hamel en pleine messe et les déséquilibrés qui courent les rues.

L’avenir des générations futures en dépend. C’est le monde qu’on va leur laisser. J’ai 34 ans, ce qui est encore relativement jeune, mais plus tellement. Et d’aussi loin que remonte ma mémoire, je vois une sale mentalité s’ancrer de plus en plus et qui est là pour rester. « Se taire est impossible » disaient les deux rescapés des camps nazis Elie Wiesel et Jorge Semprún. Celui qui se tait est un homme non-révolté. Autrement dit, il est déjà mort ou un mort-vivant. Alors restons vivants et ouvrons la !

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