Avec LREM, bon retour en République populaire de Pologne !

Dans un post sur sa page Facebook de ce 18 mai 2017, Daniel Vaillant, ancien ministre de l’intérieur du gouvernement Jospin, candidat PS au législatives, annonce qu’il se présentera sous l’étiquette « majorité présidentielle » alors qu’il n’a pas été investi par LREM [1].

On se croirait en République populaire de Pologne avant la chute du Mur de Berlin. Avant 1989, la Pologne était une république assujettie à l’URSS. Elle n’avait pas juridiquement son indépendance.
Mais les Polonais avaient quand même le droit de voter, ce qui était un héritage de la Deuxième République Polonaise (1918-1939) que les soviétiques ont bien voulu laisser aux Polonais, mais en entravant le plus possible cette liberté de vote.

Contrairement à la Russie soviétique qui était sous le régime du parti unique avec le Parti communiste, on votait en Pologne et il y avait donc un pluripartisme. Il y avait trois grands partis politiques qui se répartissaient le pouvoir dans la période 1948-1989 : le parti démocratique polonais, le parti paysan unifié et le parti ouvrier unifié. La Pologne avait donc en apparence des élections démocratiques et un mode pluripartiste. Mais les jeux d’alliances, les combines politiciennes et la vassalisation juridique à Moscou empêchait toute politique indépendante dans l’intérêt propre des Polonais. Les polonais ne pouvait donc jamais voter contre le Pacte de Varsovie de 1955 groupant les pays d’Europe de l’Est avec l’URSS.

Et bien c’est ce que nous sommes en train de vivre désormais en Europe occidentale et notamment en France. L’idéologie dominante pro-européiste-mondialisée et la volonté carriériste sont tellement fortement ancrés dans les partis LR-EM-MODEM-PS-UDI-EELV-PCF qu’elle transcende les clivages de partis au service d’un même programme pour la Nation, au point qu’il n’est pas abusif de considérer que nous sommes de facto entrés depuis 40 ans dans un régime de parti unique.
Pendant la guerre froide, on avait des experts en soviétologie qui nous permettaient de voir plus clair. On aurait dû aussi créer des cours de européologie et de libérologie. Mais à la place, on a fait des cours d’économie et de droit européen pour mieux nous bourrer le crâne. C’est encore plus clair, avec un Jean-Claude Juncker qui considère qu’il « ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »[2]

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[1] https://www.facebook.com/daniel.vaillant/posts/10155360997612708?pnref=story

[2] Jean-Claude Juncker, 28 janvier 2015, Bruxelles, entretien au Figaro, dans Jean-Claude Juncker : «Pas question de supprimer la dette grecque»
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/01/28/20002-20150128ARTFIG00441-jean-claude-juncker-pas-question-de-supprimer-la-dette-grecque.php

Ce que Raymond Aron pensait du libéralisme économique de Friedrich Von Hayek

Raymond Aron était un sociologue, un philosophe et un homme qui s’est engagé très tôt dans la Résistance en rejoignant De Gaulle à Londres. Ayant été témoin de la montée du fascisme en Allemagne et en France, il a passé sa vie à critiquer les idéaux totalitaires qui pouvaient nuire aux sociétés libertés, comme l’idéal d’une société marxiste. Mais tout en étant un critique lucide de Marx et en se définissant comme libéral sur le plan politique, Raymond Aron était un farouche critique du libéralisme sur le plan économique. Raymond Aron était en particulier opposé à l’idéologie ordolibérale de Friedrich Von Hayek décrite dans son livre « La Route de la Servitude » (1944) qui est un livre incontournable pour les néo-libéraux. Pour mémoire, Hayek était le mentor de Milton Friedman et de Margaret Thatcher, mais il était également consulté par le comité de rédaction du Traité de Rome instituant la Communauté Economique Européenne (CEE) en 1957.

Dans les cours qu’il donnait à l’ENA en 1952 et publiés en 1997 en Livre de poche, Raymond Aron expliquait déjà que le libéralisme économique portait les germes d’une société totalitaire qui ne pouvait s’imposer aux peuples que de manière non démocratique :

« La compétition pour l’exercice du pouvoir, c’est-à-dire la démocratie politique, paraît, à la longue, incompatible avec le libéralisme économique. La plus grande erreur des libéraux, me semble-t-il, est d’avoir cru que le libéralisme politique et le libéralisme économique allaient de pair. Je pense que le libéralisme politique, si on définit ainsi le système électoral, parlementaire, de compétition pour l’exercice du pouvoir, conduit de manière presque fatale à un système d’économie partiellement dirigée et partiellement socialiste. Personnellement, je crois que si l’on voulait, à l’époque moderne, avoir un système économique libéral tel que le souhaitent M. von Hayek ou M. Jacques Rueff, il faudrait la dictature politique. »

Raymond Aron, Introduction à la philosophie politique, Paris, Le livre de poche, p. 127